Celles : le refus d'adhérer à l'acte d'union (septembre 1789)

CELLES

 

Le REFUS d’ADHERER A l’ACTE d’UNION(septembre 1789)

     

 Celles en Ribéracois (entre Verteillac et Ribérac et a moins de 10km de cette dernière) grosse paroisse de 500 feux , est mentionnée  à la date du 16 septembre au registre  du Conseil des communes qui fait mention  du dépôt par Lavergne, en tournée en Ribéracois, d’un »procès-verbal du conseil de Celles » portant refus des habitants d’adhérer à l’acte d’union » . Mais ce sont les registres de la maréchaussée[1] et l’information contre  les leaders de ce mouvement de refus, Jacques Lacroix et autres,  débouchant  sur une information, le 19 septembre,  conduite par Bôvier de Bellevaux qui sont les plus explicites.

 

     Procès verbaux et témoignages montrent la paroisse engagée dans le processus d’adhésion tel que nous l’avons déjà rencontré : convocation de la paroisse   par.    François Lafon, curé  de Celles, qui témoignait  avoir  été « chargé par lettre du comité de proposer aux habitants des 3 ordres de signer l’adhésion au contrat d’union passé à Périgueux ».  Seul élément particulier et probablement ajouté après coup pour se couvrir vis-à-vis de ses paroissiens,  le curé témoignait avoir, en sus, à rédiger un procès-verbal de ceux qui seraient « refusants ». La lettre est donc lue à la messe du matin, suivie d’une convocation  pour 1h « de relevée ».


    La première information qui nous importe est  celle  de la foule qui répondit à l’appel : de ce fait,  les futurs opposants demandèrent que la réunion  se fît sur la place ou dans un pré, tandis que,   soucieux d’assumer dans les conditions les plus régulières sa mission, le curé demanda à ce qu’elle  se tînt dans l’église, « comme dans les autres villages[2].Il n’est pas exclu que le curé ait été au courant de ce qui se tramait et préférait un cadre plus contrôlable, ses adversaires préférant conserver de meilleures marges de manœuvre : est-on si éloigné du contexte des doléances ?


    L’église se remplit donc. Les témoins de l’accusation  notent, à côté de l’autel, ceux qui étaient près de la table (ou était l’acte à signer)  : l’aubergiste Jacques Lacroix que le curé avait été obligé d’attendre[3] Blaise Lacour, fils tailleur du village de la Faye, Piorat de guilhou,  Biojou fils de Lacroix , Sicaire Pradier de l’hôpital, menuisier.[4]


      L’assemblée installée, le curé recommença la lecture des  pièces, à haute et intelligible voix. Si un témoin  se réjouit qu’elles «  annoncent par elles mêmes la paix, l’union la concorde et les moyens à prendre pour le maintien du bon ordre », d’autres n’étaient pas de cet avis .Lecture faite on laissa d’abord   signer, successivement, Bardy de Fourtou, bourgeois et député en mars,   le curé, puis 13 autres « dans l’ordre des cultivateurs des communes ». On en avait probablement terminé avec ceux qui savaient et voulaient signer. C’est lorsque apparut le  marquis de  Foucauld  que le murmure monta.  On le  montre   montant » sur un banc du sanctuaire et leur expliqua         en la langue vulgaire du pays ce que contenaient les pièces lues », démarche à la fois révélatrice des difficultés, pour beaucoup  de ceux qui n’avaient pas signé, à comprendre le texte. S’agissait de justifier, face aux opposants,  la proposition périgourdine. 


    C’est probablement à cette  hypothèse qu’il convient de se rallier. Car alors commença l’affrontement. La scène est contée de diverses façons et comporte au fond trois temps. Tous notent le prix que Foucauld déclara attacher à cet acte . Pour un  témoin il affirma même   « qu’ il lui tardait de consommer un acte qu’il désirait ardemment ». « Consommer », le terme dit assez jusqu’à quel point on allait dans la volonté fusionnelle ! On peut y retrouver  l’esprit même exprimé par la noblesse au moment de l’acte d’union. Foucauld  exaltant la fraternité[5] , rappelle l’esprit de concorde qui avait présidé à Périgueux[6] N’ajoutait-il pas, au nom de l’égalité retrouvée, vouloir signer le dernier. ?  Comme pour ajouter au caractère d’émotion de cette scène    « Monsieur de Foucault s’avança tenant son fils, âgé de 6 ans, disant « Voilà mon fils, je vais l’élever dans les sentiments d’un bon citoyen et le faire signer avec moi ce traité d’union.. il voulait faire signer son fils pour le nourrir des sentiments de l’union et de la concorde ».Lequel enfant lui dit : Comment signerai-je papa ?Il répondit « Louis Foucauld », mon ami ».

  

     Or Foucauld ne signerait pas. Au moment ou il se pencha pour le faire, un murmure s’éleva dans l’église « Il ne faut pas qu’il signe, nous ne voulons pas de noble » D’autres ajoutent « Nous ne voulons pas qu’il signe, il n’est pas sur le rôle de la taille » D’autres enfin « On ne voulait point de nobles, il les trahiraient ».   En même temps, proches de la table, les opposants, et notamment, notons-le, le collecteur Léonard Pradier en tête, arrachèrent plume et papier. Foucauld dépité[7] put tenter de raisonner la foule  sur l’air de l’universelle fraternité« les traitant de frères d’amis et d’égaux, qu’il se mettrait s’ils le voulaient en dernier de sa compagnie, qu’il ne désirait rien plus que la paix et la réunion si désirables  et qu’il chérissait la plus parfaite égalité » et le curé tenter de rappeler l’esprit de l’acte d’Union[8].Il n’obtint en écho de la foule que  la menace de celle-ci de quitter l’église.[9] 


     Foucauld se retira. Mais on ne voulait pas en rester là : après le seigneur ce furent les privilégiés : ainsi le périgourdin Fourtou dont on demanda de   : «  biffer son seing : il n’est pas sur le rôle de taille ». Le curé fut visé à son tour. Le plus excité des meneurs ,Nicolas Faye, « répète 20 fois que rien ne se fera tant que les signatures resteraient, qu’il ne voulait ni  ni de curé, ni de vicaire » .


       La tension montant, apparurent les rancunes  sur l’élection de mars à propos de Fourtou « qu’il était un traître, qu’il avait voulu les trahir a la dernière assemblée  ce qui fut applaudi par acclamations ». La conclusion fut tirée par un autre » :il ne fallait pour leur régiment que de bons païsans de village » ce qui souligne que l’enjeu de la formation de la garde nationale était mêlé à celui de l’adhésion

  Ainsi  « Tout le monde se retira sans rien déterminer »  Restent les scènes de la dispersion au cours desquelles se tient un langage tenu ou fabriqué par l’accusation mais qui haussait le débat et montrait la conscience du climat national et la manière dont il était perçu. Ainsi  le praticien Pradier, trop modéré, s’entendit-il  menacer. « Si tu en disais autant à Paris, il y a longtemps que tu serais défait. Un autre  se vit insulté en des termes qui ne manquent pas d’intérêt « Petit F…, tu soutiens la noblesse qui sont cause du dérangement qu’il y a dans le monde, mon ami tu parles un peu trop tu es du parti de la noblesse, tu pourras te faire donner sur les épaules «Au sujet du curé enfin « qu’il  était fort heureux d’avoir signé. Que si c’était à recommencer, il ne signerait pas »

 

Bilan. Le cas de Celle nous paraît intéressant à plusieurs égards

-il montre qu’il y a une  politisation croissante des villages : en mars, on avait élu-ou laissé élire- les bourgeois. Une étape de plus est franchie : l’écho de l’attitude des bourgeois de Périgueux pour défendre leurs exemptions, conduit à évoquer la trahison.   Comme s’ils ne pouvaient compter, malgré les promesses que sur leurs propres forces, les taillables par leurs leaders, le collecteur au premier rang,  optent pour le front uni excluant tous les privilégiés


-C’est aussi la preuve des limites, de  l’illusion « lyrique «  de la fraternité universelle prônée par Pipaud : indirectement refusés dans les questions frumentaires, elle est ici l’objet d’une opposition ouverte

 -Notons enfin que ce débat politique relève de la qualification de « sédition » et justifie l’information de la maréchaussée mettant en évidence le rôle que celle-ci devait jouer jusqu’à l’été 1790, véritable bute témoin de l’ancien régime. Et taillée dans un matériau rocheux spécialement résistant !


    Le bilan de cette affaire  montre

1-l’attention portée aux réformes ou à leur absence en matière fiscale. C’est une permanence que le refus de la rente ne peut masquer

2-la possibilité de levées de bouclier d’un monde rural capable de se reconnaître comme tel dans le rejet des privilégiés, les informations sur le 4 août ayant probablement renforcé cette résistance.

3-l’attention au modèle parisien qui pose là encore la question de l’information mais qui montre la capitale comme un réservoir de radicalité d’autant plus remarquable qu’elle est puisée aux sources de la fraternité : c’est ne pas être bon frère digne du modèle parisien que de protéger les nobles.



[1] ADD, B, ADG


[2]Léonard Pradier, Lacroix père  et Lacroix du village de La Farge dirent qu’il fallait aller ds le petit pré. Le curé réppond qu’il faut faire comme les autres villages ou l’assemblée s’était faite ds les autres églises et  qu’il était bon de se conformer aux exemples qui avaient été donnés. On parle de nommer un secrétaire il répondirent qu »’ils ne voulaient pas de sergent

 

[3] Ts entrés ds l’éfglise dirent qu’il ne fallait rien faire ss le nomme Jacques Lacroix aubergiste qu’on va chrercher et qui vient se placer près de la table, avec son 3° fils, léonard Pradier, Nicolas Faye

 

[4] Lacroix père et fils3°, Lunet et Lacour et Nicolas Faye, les plus entêtés et révoltés étaient autour de la table

 

[5] Foucauld, d’un air doux et honnête »Je sais que nous venons tous du même père, je veux vivre avec vous en frère, j’en fais serment » et bien d’autres choses obligeantes pour qu’on le laisser signer. Il fit de douces et honnêtes représentations, leur exprimant qu’il voulait vivre avec eux en frère.

 

[6] M de F leur dit que cette réunion était sans distinction et que si l’on voulait, il signerait le dernier.

 

[7] Il dit en se retirant « Je ne croyais pas que vous me feriez cet affront

 

[8] Le curé leur présenta qu’à Px les sgrs s’étaient réunis, qu’ils avaient signé ss aucune distinction de rang que M F voulait agir avec eux en frère.

 

[9] Murmures continus . « Puisque M de Foucauld  reste nous allons sortir » et ils se retirèrent du côté du portail ».

 



15/10/2011

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