Saint Georges de Montclar : la maréchaussée piégée? (septembre 1789)

SAINT GEORGES de MONTCLAR

 

SAINT GEORGES de MONTCLAR : QUAND ANCIENNES ET NOUVELLES INSTITUTIONS S’AFFRONTENT

       Nous avons évoqué (au chapitre 8) les difficultés du maintien de l’ordre dans le contexte de l’après 14 juillet et des nouvelles institutions. Le débat sur la loi du 10 août  que l’on trouvera par ailleurs, tentait de rétablir la situation au lendemain de la Grande  Peur et de préserver les citoyens des mouvements populaires. Il reste qu’elle laissait de coté les autorités constituées de fait comme les milices ou troupes paroissiales. Or celles-ci étaient justement nées pour  créer les conditions d’un maintien de l’ordre qui  répondait a des considérations essentiellement locales. On en a ici un bon exemple avec la tentative de mettre fin à la  situation « scandaleuse » de concubins réputés de surcroît infanticides.
     On voit comment s’organise la nouvelle autorité, la garde nationale et comment elle s’est placée sous les ordres du plus haut personnage de la paroisse devenu le commandant en chef ou le colonel. On voit comment sont organisées les patrouilles et les délibérations de l’état major et comment le chef est entraîné dans l’opération de justice populaire et la prise d’une mesure conservatoire de mise en sûreté (c'est-à-dire en prison !) de Seguin. On voit aussi comment se construit la nouvelle hiérarchie , l’autorité de référence étant le tout nouveau comité de Bergerac (voir chapitre 9)
    Face à cette justice, le prévenu en appelle à la loi qui condamne ces détentions sans jugement, et à l’intervention de la maréchaussée, pourvu qu’il ait les moyens de régler les frais de l’intervention.
      La lettre de Comarque vise à retourner l’accusation et montrer que cette intervention qui a bafoué son autorité est en fait de nature à porter le désordre et la rumeur et à délégitimer l’ordre rétabli. Il ne lui reste plus, à son tour qu’a en appeler à... la maréchaussée et à l’autorité du grand prévôt de Guyenne, la lettre annexée à Bovier de Bellevaux visant à monter son embarras.
      On ne sait ni ce que devint le couple ni les différents protagonistes. Il semble que l’affaire n’eut guère de suite et fut réglée entre « gens de bien « . Mais on perçoit en revanche le problème que pose la confusion des autorités.
     Une fois n’est pas coutume : nous avons reproduit la lettre de Comarque (la plainte  étant rédigée par greffier) qui montre que les membres de la noblesse avait (comme bien des notables) une approche de la syntaxe qui n’était pas toujours de la plus pure orthodoxie.

        
ADD, B 831, 72
A monsieur le Prévôt général de la maréchaussée de Guienne ou a M son lieutenant à la sénéchaussée de Périgueux.
Supplie humblement Philippe de Comarque, chevalier de l’ordre royal et militaire de St Louis, commandant en chef des milices nationales de la paroisse de Saint Georges de Montclar
   Disant qu’en acceptant cette marque de confiance de ses concitoyens, il ne pouvait pas prévoir qu’un acte de prudence et de bienfaisance pût jamais l’exposer à la tracasserie qu’il éprouva de la part d’un  nommé Rozier, huissier de la ville de Périgueux qui devenu créancier dudit Seguin et désespérant avec fondement n’en être jamais payé à imaginé de profiter d’une circonstance dans l’espoir d’en être enfin payé.
    Le suppliant, instruit que les habitants de la paroisse de St Georges de Montclar avaient pris en horreur et en aversion ledit Seguin et une femme avec laquelle il vit publiquement et qu’ils avaient saisi ces temps d’effervescence pour lui faire éprouver le ressentiment qu’ils avaient conçu contre lui et qu’ils se disposaient même à exécuter leur dessein que la garde  même qu’il avait établie nuit et jour pour le bon ordre, l’avait arrêté et déposé au corps de garde sur l’avis qu’on lui en donna et s’étant rendu après avoir conféré et délibéré avec son Etats major il fit arrêter et décréter de retenir ledit Seguin et la femme avec laquelle il vivait et de les mettre l’un et l’autre en lieu de sûreté, uniquement dans les vues de les soustraire à la fureur du peuple qui se serait vraisemblablement porté à divers excès contre eux.
En conséquence, il fit déposer ledit Seguin dans les prisons de Montclar. Il aurait été illégal et dangereux de le déposer ailleurs et la femme sa compagne dans une chambre à côté, où elle était dans un état  de liberté. Ce fut le 31 août dernier vers les six heures du soir qu’ils furent arrêtés.
    Le Sieur suppliant avait le dessein de faire conduire les lendemain ledit Seguin au Comité de Bergerac pour qu’ils eussent à prononcer sa liberté. Il l’aurait appris avec plaisir croyant que l’affaire était de sa compétence comme le plus voisin des lieux. Mais s’apercevant que les habitants étaient encore trop exaltés, il vit ne pouvoir l’exécuter que le samedi suivant cinq du courant  sous bonne et sûre escorte pour le défendre de toute insulte et la femme sa compagne partit bientôt après pour aller sans doute le rejoindre en sorte que le sieur suppliant ayant terminé par là un rôle que la prudence et le bien du bon ordre lui avaient suggéré et à son corps, il semblait ne devoir plus s’ occuper qu’à solliciter du tribunal compétent la punition d’un acte surprenant autant qu’il fut injurieux pour lui que ledit Rozier, huissier vint se permettre dans le lieu de Montclar le 3 du courant.
   Cet homme qui venait, dit-on pour quelque opération de son métier du côté de Pressignac sous l’escorte de deux cavaliers de maréchaussée à la résidence de Périgueux et d’un ou deux records venant pied à terre audit lieu et débutèrent par crier hautement qu’ils venaient pour emprisonner tous ceux qui avaient arrêté et mis en prison ledit Seguin, qu’ils n’épargneraient ni colonel, ni commandant, ni aucun officier.
      L’épouvante s’empara des esprits et on fut en prévenir le sieur suppliant qui réside à quelque distance. Il se rendit à Montclar, il commença par calmer les esprits. Il mande le sieur Rozier et sa cohorte. Ils se rendent avec des airs qui annonçaient leur dessein. Le sieur suppliant leur demanda s’ils sont porteurs d’ordres qui les autorisent  à porter l’épouvante et à troubler le bon ordre et le service national
   Alors ledit Rouzier ne répondit que pour insulter le suppliant. Il passe de suite aux menaces et lui porte le poing à la poitrine et lui dit qu’il ne respecte en lui que sa décoration. Après s’être rassasié en manquement et invectives et en injures ils prirent congé et annoncèrent qu’ils allaient revenir en troupe armée.
  Si ledit Rozier et sa séquelle ne tinrent pas parole, ce ne fut pas sa faute. Car après avoir ordonné à Montclar une quantité considérable de rations en pain, il courut en toute hâte dans la paroisse de Vergt, il y fit battre la générale et invita le peuple à le suivre. Mais heureusement on le prit pour un fol et on le laissa brailler. Cependant la paroisse de St Georges fut plusieurs jours dans la transe. Il y eut même de la rumeur et quelques voies de fait le dimanche d’après à ce sujet.
     D’après un procédé aussi extraordinaire, aussi répréhensible de la part de cet huissier, d’après un pareil abus de la force et de l’autorité qu’il réunissait en lui, d’après, en un mot un acte d’une aussi extraordinaire impudence, le sieur suppliant ne vit d’autre parti plus sage, plus conforme aux circonstance et aux lois que de déférer de suite à M le lieutenant de prévôt l’inconduite de cet huissier et de sa cohorte et de lui en déclarer sa plainte pour en faire suite incessamment. C’est ce qu’il entend exécuter aujourd’hui avec la plus ferme confiance qu’il lui sera fait une réparation proportionnée à l’offense qu’il a reçue et au manquement qu’il a été fait dans la place qu’il a l’honneur d’occuper.
    Ce considéré etc..

Au bas de la page annotation  de Bôvier de Bellevaux pour ordre d’informer

Annexée à la pièce, lettre de Comarque du 4 septembre.
Mon cher belviau (sic), je vous porte des plainte des plus fortes contre deux de vos cavaliers qui son venu ici me dire les choses les plus dures et mon même fait  demenases. L’on m’a nommé colonel de Monclar. Jé fait emprisonne un nommé matieu qui est le plus mauvé chugé du monde qui mamenassé de me donné des coup de pistolle. Il mène une vie très escansaleuge il a eu plusieurs anfant avec la courreuze qu’il a avec luy qui on étez tous vrésemblablement égorgé. Jé une letre de son curé qui memarque c’est un fausère et le plus mauvé sujé du monde. Je les emprisonne sur les ordres du commandans de bergeras et à la réquizition de mon régiment je népu  résister à leur demande que je trouve fort juste.Je suis si fort ému dans ce moment que je ne puis rien plus vous dire que vous assurer de l’amitié la plus sinsère avec laquelle je suis, mon cher Belveau, votre très humble et très obéissant serviteur. Comarque



11/01/2012

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